Samedi 1 janvier 2011 6 01 /01 /Jan /2011 23:05

 

« Quand l'année tourne sur ses gonds, ce n'est plus le temps de gémir. Les vieilles feuilles sont enterrées, les vieilles branches sont brûlées. Les arbres font dentelle, et le ciel regarde la terre. Les bruits ne se perdent plus dans l'épaisseur ; ils bondissent d'un écho à l'autre. L'outil sonne gaiement contre la pierre. L'été a fini d'être mort. C'est bien le temps de l'espoir, et des heureux souhaits. J'admire comme le sous-chef va dire ces choses au chef ; et peut-être ni l'un ni l'autre n'en voit la raison ; ils pensent seulement que c'est la coutume. Or non, ce n'est pas la coutume qui chaque jour ajoute au jour une petite durée. Il faut le dire, et se le dire. Car le froid commence à mordre, et l'on voudrait penser que la terre refuse l'homme ; mais il y a d'autres signes, de meilleurs signes. Et la chance de l'homme est en ceci que, lorsqu'il a balayé l'automne et amassé des provisions en vue des temps difficiles, justement quand il entre dans la misère, l'espérance lui vient toute neuve, et pure, et transparente. Il faut seulement avouer que la ville n'en sait pas grand'chose, elle qui se passe des saisons.

Le sentiment de l'aurore est le plus puissant et le plus constant de tous, si seulement la nuit règne selon la nature. Car il n'y a aucune ressemblance entre le soir et le matin. À chaque minute du soir l'ombre gagne. C'est pourquoi l'on ne ressent jamais au matin l'inquiétude du soir. Les nouvelles touches de lumière nous rassurent d'instant en instant ; cela fait une grisaille toute souriante. Quand tout serait pareil, mêmes couleurs, même brouillard, mêmes coins d'ombres, un moment du matin serait encore tout l'opposé d'un moment du soir. Or les successives aurores de janvier font elles-mêmes une grande aurore. Quand je dis qu'il faut espérer, j'entends, que nous ne pouvons nous empêcher d'espérer ; libre à nous d'y consentir ou non. J'ai remarqué un piège dans la pensée, c'est qu'elle contredit volontiers l'espoir, comme elle contredit tout. Que de vieilles corneilles qui annoncent le malheur ! Et que de jeunes ! Le XIXe siècle fut empoisonné de ce genre de savoir. Poètes et penseurs pré­disent aigrement ; je ne vois guère que Hugo qui ait su espérer ; c'est qu'aussi il tenait la nature à pleins bras. Je comprends que les vieilles corneilles n'aiment pas Hugo.

Maintenant, quelle est la faute, tant bien que mal corrigée, un peu partout corrigée ? La faute fut de méconnaître l'ordre des valeurs. La volonté marche la première ; on se réveille à cette idée, qui est celle de Descartes. La faute du XIXe fut de contempler et d'annoncer ; le grand tableau des lois effaça la volonté libre ; et l'intelligence resta tristement couchée. Penser noir, ce fut penser. Peut-être faut-il dire que la liberté politique fit faillite, faute d'une liberté métaphysique ; et qu'à partir de là, égalité et fraternité devaient périr ; car l'une et l'autre doivent être voulues. Et oui, au fond, nos vertébrales pensées doivent être voulues. Il faut croire en soi et espérer ; mais il faut vouloir croire en soi et vouloir espérer. Cette sorte de tyrannie généreuse est au fond des tyrannies de style nouveau. Les grandes idées de la Révolution s'y retrouvent, mais cette fois jurées et imposées. Cet étrange régime a des harmonies et des promesses ; il est absurde comme toute liberté forcée est absurde ; mais il est grand et fort en ce qu'il interdit de désespérer. À nous de mieux prendre le tournant. Toujours est-il qu'une autre journée commence, plus grande que l'année. Assez de gémissements et de mauvais prophètes.

Tel est mon sermon ; en tout temps obscur et difficile ; aidé maintenant et porté par la saison, et par la coutume même. Car, à répéter : « Bonne année ! » on finira par se réveiller soi-même à ce qu'on dit. On ne dit pas que l'année sera bonne ; on n'en sait rien ; ce qui arrive nous surprend toujours ; aussi est-il vain d'y penser d'avance. Ce qu'on dit, c'est qu'il faut choisir de la penser bonne, cette année nouvelle. Et profiter pour cela de ce secret mouvement de nature, qui nous a changés et retournés depuis la Noël. Bonne nouvelle, oui ; mais qui doit enfin toucher terre. La bonne nouvelle, c'est que les hommes ont juré d'être contents, de tout résoudre, autant qu'ils pourront, par joie et amitié, ce qui est penser printemps en Janvier. Je vous souhaite de penser printemps. » 


Alain,
Les saisons de l'esprit (1937) ,
V. Printemps en espoir, 1er janvier 1935.
Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : Lectures
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /Juil /2009 19:04
... entre les Jardins d'Eau de Carsac Aillac et les Jardins d'Au-delà de Brantôme, Baie d'Or aux côtés de Tom, Tom aux côtés de Baie d'Or, parmi les nénuphars, les libellules silencieuses et les grenouilles attendant leur heure. Croâââ...


Nénuphar1_Jardins d'Eau_Carsac (juillet 2009)


Grenouille1_Jardins d'Eau_Carsac (juillet 2009)


Libellule3_Jardins d'Au-delà_Brantôme (juillet 2009)


Libellule3_Jardins d'Au-delà_Brantôme (juillet 2009)


Libellule5_Jardins d'Au-delà_Brantôme (juillet 2009)


Libellune_Jardin d'Au-delà_Brantôme (juillet 2009)


Grenouille2_Jardins d'Eau_Carsac (juillet 2009)


Nénuphar2_Jardins d'Eau_Carsac (juillet 2009)
Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : Bestiaire
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /Oct /2008 00:24

Grass, Glacier Bay National Monument, Alaska_c.1948,printed1974_METAnsel Adams : Grass, Glacier Bay National Monument, Alaska [c.1948/1974, MET]

« Cette sorte de sourire que sont parfois aussi les fleurs, au milieu des herbes graves. »
(Philippe Jaccottet, Ce peu de bruit, Gallimard, 2008, p. 48.)

Peter Henry Emerson(1856-1936)_GatheringWaterLilies.1886cPeter Henry Emerson (1856-1936) : Gathering water lilies [c.1886]

« Amitié : c’est une libre et heureuse promesse à soi, qui change une sympathie naturelle en un accord inaltérable, d’avance au-dessus de l’âge, des passions, des rivalités, des intérêts et des hasards. Cela n’est pas ordinairement exprimé, mais on en voit les effets, et l’on s’y fie absolument, ce qui permet une liberté des entretiens et des jugements sans aucune ruse. »
(Alain, Définitions, dan s Les Arts et les Dieux, p. 1031)

monet-nympheasMonet, Nymphéas

« Nous pouvons nous réjouir de l’être ami comme du nôtre propre, nous réjouir qu’il soit, simplement.“De même que notre propre existence est pour chacun de nous désirable, de même, ou d’une manière analogue, l’existence de notre ami” [Aristote, Ethique à Nicomaque, IX, 9, 1170 B] Non plus la joie qu’il ait la beauté, la vertu ou l’habileté, mais la joie qu’il soit. »
(Jean-Louis Chrétien, « Le regard de l’amitié », dans La Voix nue, 1990, p. 217)
  monet-nympheas2Monet, Nymphéas

« Quand nous regardons vers l'être de l'ami, ou aussi bien vers le nôtre propre, notre regard ne forme pas la contemplation d'une essence seulement possible, ce qu'il prend en garde ne se réduit pas à ce que l'ami est, ou à ce que nous sommes, c'est aussi et d'abord que l'ami soit, ou que nous soyons. Etre n'est pas la condition indifférente pour pouvoir devenir heureux ou malheureux, l'être seul déjà est une source de joie, et toute autre joie ne sera pas tant un supplément que l'accomplissement, et comme la fleur, de ce premier surcroît sur le rien. »
(Jean-Louis Chrétien, « Le regard de l’amitié », dans La Voix nue, 1990, p. 216)

MorningGlories,Massachusetts,1958Ansel Adams (1902-1984) : Morning glories, Massachusetts [1958]



Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : Eclats
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 01:09




































Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : Maroc
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 01:01















 











Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : Maroc
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés