Vendredi 1 février 2008
Un petit billet pour Jérôme et pour tous ceux qui lisent, ont lu ou liront Les Quatre Amours de C.S. Lewis.
(Et aussi pour encourager Sébastien à reprendre ses traductions des
Collected Letters ! ;-))


Magdalen College,
Oxford.
Feb. 18. 1954


     Dear Mrs. Johnson —

    My word, you are getting on! A printed author (and a well written, well organised article too) and a T.V. star! I congratulate you. It must have been all great fun.

    Of course taking in the poor illegitimate child is “charity”. Charity means love. It is called Agapë in the N.T. to distinguish it from Eros (sexual love), Storgë (family affection) and Philia (friendship). So there are 4 kinds of “love”, all good in their proper place, but Agapë is the best because it is the kind God has for us and is good in all circumstances. (There are people I mustn’t feel Eros towards, and people I can’t feel Storge or Philia for: but I can practise Agape to God, Angels, [429] Man & Beast, to the good & the bad, the old & the young, the far and the near).

    You see Agape is all giving, not getting. Read what St Paul says about it in First Corinthian Chap. 13. Then look at a picture of Charity (or Agape) in action in St Luke, chap 10 vv. 30-35. And then, better still, look at Matthew chap 25 vv. 31-46: from which you see that Christ counts all that you do for this baby exactly as if you had done it for Him when He was a baby in the manger at Bethlehem: you are in a sense sharing in the things His mother did for Him. Giving money is only one way of showing Charity: to give time & toil is far better and (for most of us) harder. And notice, tho’ it is all giving — you needn’t expect any reward — how you do gets rewarded almost at once.

    Yes, I know one doesn’t even want to be cured of one’s pride because it gives pleasure. But the pleasure of pride is like the pleasure of scratching. If there is an itch one does want to scratch: but it is much nicer to have neither the itch nor the scratch. As long as we have the itch of self-regard we shall want the pleasure of self-approval: but the happiest moments are those when we forget our precious selves and have neither, but have everything else (God, our fellow-humans, the garden & the sky) instead.

    Yes, I do believe people are still healed by miracles by  faith: but of course whether this has happened in any one particular case, is not so easy to find out.

    God bless you, you are always in my prayers.
    Yours ever

    C. S. Lewis

CSLewis
(The Collected Letters of C.S. Lewis, vol. III,
2007, Harper SanFrancisco, p. 428-429)
Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : La source d'eau vive
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Jeudi 31 janvier 2008

ingres_muse
Ingres, La Muse -- Etude pour Cherubini (1842),
d'après le visage de Mlle de Rayneval

Lorsque j'étais enfant : "Viens, me disait la Muse,
Viens voir le beau génie assis sur mon autel !
Il n'est dans mes trésors rien que je te refuse,
Soit que l'altier clairon ou l'humble cornemuse
Attendent ton souffle immortel.
"Mais fuis d'un monde étroit l'impure turbulence ;
Là rampent les ingrats, là, règnent les méchants.
Sur un luth inspiré lorsqu'une âme s'élance,
Il faut que, l'écoutant dans un chaste silence,
L'écho lui rende tous ses chants !
"Choisis quelque désert pour y cacher ta vie.
Dans une ombre sacrée emporte ton flambeau.
Heureux qui, loin des pas d'une foule asservie,
Dérobant ses concerts aux clameurs de l'envie,
Lègue sa gloire à son tombeau !
"L'horizon de ton âme est plus haut que la terre.
Mais cherche à ta pensée un monde harmonieux,
Où tout, en l'exaltant, charme ton cœur austère,
Où des saintes clartés, que nulle ombre n'altère,
Le doux reflet suive tes yeux.
"Qu'il soit un frais vallon, ton paisible royaume,
Où, parmi l'églantier, le saule et le glaïeul,
Tu penses voir parfois, errant comme un fantôme,
Ces magiques palais qui naissent sous le chaume,
Dans les beaux contes de l'aïeul.
Hugo_dessin1
Victor Hugo , Château fort sur une colline (1847)
"Qu'une tour en ruine au flanc de la montagne
Pende, et jette son ombre aux flots d'un lac d'azur.
Le soir, qu'un feu de pâtre, au fond de la campagne,
Comme un ami dont l'œil de loin nous accompagne,
Perce le crépuscule obscur.
"Quand, guidant sur le lac deux rames vagabondes,
Le ciel, dans ce miroir, t'offrira ses tableaux,
Qu'une molle nuée, en déroulant ses ondes,
Montre à tes yeux, baissés sur les vagues profondes,
Des flots se jouant dans les flots.
"Que, visitant parfois une île solitaire
Et des bords ombragés de feuillages mouvants,
Tu puisses, savourant ton exil volontaire,
En silence épier s'il est quelque mystère
Dans le bruit des eaux et des vents.

Lac Matheson (source)
"Qu'à ton réveil joyeux, les chants des jeunes mères
T'annoncent et l'enfance, et la vie, et le jour.
Qu'un ruisseau passe auprès de tes fleurs éphémères,
Comme entre les doux soins et les tendres chimères
Passent l'espérance et l'amour.
"Qu'il soit dans la contrée un souvenir fidèle
De quelque bon seigneur, de hauteur dépourvu,
Ami de l'indigence et toujours aimé d'elle ;
Et que chaque vieillard le citant pour modèle,
Dise : Vous ne l'avez pas vu !
"Loin du monde surtout mon culte te réclame.
Sois le prophète ardent, qui vit le ciel ouvert,
Dont l'œil, au sein des nuits, brillait comme une flamme,
Et qui, de l'esprit sain ayant rempli son âme,
Allait, parlant dans le désert !"
Tu le disais, ô Muse ! Et la cité bruyante
Autour de moi pourtant mêle ses mille voix,
Muse ! et je ne fuis pas la sphère tournoyante
Où le sort, agitant la foule imprévoyante,
Meut tant de destins à la fois !
C'est que, pour m'amener au terme où tout aspire,
Il m'est venu du ciel un guide au front joyeux ;
Pour moi, l'air le plus pur est l'air qu'elle respire ;
Je vois tous mes bonheurs, Muse, dans son sourire,
Et tous mes rêves dans ses yeux !
(Victor Hugo, «Paysage» (1823),
Odes, Livre V, XI)

(Prague, octobre 2007)

PS : ce billet est également pour l'amateur de cligne-musette expérimental ;-)

Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : Eclats
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Mercredi 20 juin 2007
Dimanche 15 avril : les fresques de San Zeno sont nombreuses à avoir subi les dommages du temps ou de vandales iconoclastes (saccages minutieux) ou simplement crétins (grafiti).

Vérone_San-Zeno_Web02
Je ne sais à quel épisode correspond cette fresque...
(Jonas fuyant par bateau ?)

On ne sait si le ciel est étoilé ou neigeux,
le mât vient de se rompre sous la force
de la tempête,
en haut, à gauche, un gros éclat de bois est emporté par le vent.

Je reste un long moment immobile, sous le charme.




Vérone_San-Zeno_Web19


 

Vérone_San-Zeno_Web21
Le contour de la fresque,
arc-en-ciel de trois couleurs (rouge, jaune, vert) sur le ciel bleu
devient horizon (bleu), arrière plan (vert) et premier plan (jaune).
le décor devient cadre,
le cadre devient paysage,
le paysage devient chemin
... l'arc de l'alliance d'innaccessible et devenu proche
et la "sagesse multicolore de Dieu" (Eph 3, 10) s'est faite homme (1 Co 1, 24.30).


Vérone_San-Zeno_WebLion
Le lion de saint Marc nous invite à poursuivre notre chemin jusqu'à Venise



Vérone_San-Zeno_Web20
Un regard du fond des âges vient jusqu'à nous
expérience troublante, non pas d'un arrêt sur images ;-) mais
d'une suspension de l'effacement de l'image :
il ne reste presque plus rien de l'oeuvre et pourtant,
ce regard m'atteint en cet instant, comme empreint de tristesse,
et vit encore dans ma mémoire.


Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : Bribes
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Mardi 5 juin 2007
Dimanche 15 avril : nous retraversons Vérone pour entrer dans la très belle église de San Zeno.






A l'extérieur comme à l'intérieur, le regard se fait à la fois humble et gourmand : une austère beauté se déploie devant lui, venue d'un âge ancien à sa rencontre. Quasiment aucune statuaire, mais des fresques sur tous les murs, aux couleurs effacées ou flamboyantes.
Du lot se dégage quelques oeuvres émouvantes.





La principale est certainement une représentation de la résurrection de Lazare.





Lazare est au centre,
point de convergence des directions des mains
de tous les autres personnages.
Du coup, tout naturellement,
ses propres mains sont croisées sur sa poitrine :
son corps possède encore la couleur et la rigidité du cadavre,
mais
la parole qui l'a attiré à elle de la mort à la vie
lui donne d'accomplir l'impossible en se tenant debout
avant même de se réveiller.
L'homme réveillé est homme relevé, homme vertical.
Alors, les bras croisés ne sont plus signe de tristesse
mais deviennent geste de reconnaissance et d'accueil de la vie retrouvée.





Les badauds sont encore plus endormis que Lazare :
leurs narines sont sensibles à l'odeur pestilentielle
d'un cadavre vieux de quatre jours mais, paradoxalement,
l'image du ressuscité ne semble pas avoir encore atteint leurs yeux !






Marthe et Marie, soeurs de Lazare, ont pourtant compris
et rendent déjà gloire à Dieu.

Comme si l'amour était une condition nécessaire
à la compréhension et à l'accueil du miracle.
(Le rendu du tombeau m'émerveille : on croirait être devant un pastel de Degas!)







Au même niveau que Lazare, le clou de la fresque :
Jésus, Parole qui appelle et
Verbe qui se donne,
Jésus rempli du bonheur de la vie qu'il donne à son ami de Béthanie.

Jésus qui... sourit !
La forme de la barbe accentue le sourire et le sourire gagne ses yeux.
Discrètement, humblement mais joyeusement -- assurément :-)

 



Un détail qui m'avait échappé alors : tout comme Pierre à ses côtés,
Jésus tient ce qui me semble être un rouleau.
Je le comprends comme symbole de l'Evangile qu'il annonce et qu'il incarne.
Lui, le verbe incarné, est en train d'écrire en cet instant la Bonne Nouvelle
qu'il nous revient d'accueillir et de vivre à notre tour.



(Jean Chap 11, v. 19-44)
19 Beaucoup de Juifs étaient venus vers Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère. 
20 Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. 
21 Marthe dit à Jésus: Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 
22 Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. 
23 Jésus lui dit: Ton frère ressuscitera. 
24 Je sais, lui répondit Marthe, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. 
25 Jésus lui dit: Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; 
26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? 
27 Elle lui dit: Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. 
28 Après avoir dit cela, elle s’en alla. Puis elle appela Marie, sa soeur,  et lui dit secrètement: Le Maître est ici, et il t’appelle. 
29 Dès que Marie eut entendu, elle se leva promptement et se rendit vers lui; 
30 car Jésus n’était pas encore entré dans le village, mais il était à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. 
31 Les Juifs qui étaient dans la maison avec Marie et qui la consolaient,  la virent se lever promptement et sortir; ils la suivirent, pensant qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. 
32 Lorsque Marie fut arrivée là où était Jésus et qu’elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit: Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 
33 Quand Jésus vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, il frémit en son esprit et fut troublé. 
34 Il dit: Où l’avez-vous mis? Seigneur, lui répondirent-ils, viens et vois. 
35 Jésus pleura. 
36 Les Juifs dirent donc: Voyez comme il l’aimait! 
37 Et quelques-uns d’entre eux dirent: Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle,  ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne meure pas? 
38 Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au tombeau. C’était une grotte, et une pierre était placée devant. 
39 Jésus dit: Otez la pierre. Marthe, la soeur du mort, lui dit: Seigneur,  il sent déjà, car c’est le quatrième jour. 
40 Jésus lui dit: Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? 
41 Ils ôtèrent donc la pierre. Jésus leva les yeux en haut et dit: Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé. 
42 Pour moi, je savais que tu m’exauces toujours, mais j’ai parlé à cause de la foule de ceux qui se tiennent ici, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. 
43 Après avoir dit cela, il cria d’une voix forte: Lazare, sors! 
44 Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit: Déliez-le, et laissez-le aller. 


Par Françoise et Jean-Philippe - Publié dans : Bribes
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Mercredi 30 mai 2007



Merci Sébastien ;-)
Par Jean-Philippe - Publié dans : Arts et histoire(s)
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