Ansel Adams :
Grass, Glacier Bay National Monument, Alaska [c.1948/1974, MET]
« Cette sorte de sourire que sont parfois aussi les fleurs, au milieu des herbes graves. »
(Philippe Jaccottet, Ce peu de bruit, Gallimard, 2008, p. 48.)
Peter Henry Emerson (1856-1936) : Gathering water lilies [c.1886]
« Amitié : c’est une libre et heureuse promesse à soi, qui
change une sympathie naturelle en un accord inaltérable, d’avance au-dessus de l’âge, des passions, des rivalités, des intérêts et des hasards. Cela n’est pas ordinairement exprimé, mais on en
voit les effets, et l’on s’y fie absolument, ce qui permet une liberté des entretiens et des jugements sans aucune ruse. »
(Alain, Définitions, dan s Les Arts et les Dieux, p. 1031)
Monet,
Nymphéas
« Nous pouvons
nous réjouir de l’être ami comme du nôtre propre, nous réjouir qu’il soit, simplement.“De même que notre propre existence est pour chacun de nous désirable,
de même, ou d’une manière analogue, l’existence de notre ami” [Aristote, Ethique à Nicomaque, IX, 9, 1170 B] Non plus la joie qu’il ait la beauté, la vertu ou l’habileté, mais la joie qu’il soit. »
(Jean-Louis Chrétien, « Le regard de l’amitié », dans La Voix nue, 1990, p. 217)
Monet,
Nymphéas
« Quand nous
regardons vers l'être de l'ami, ou aussi bien vers le nôtre propre, notre regard ne forme pas la contemplation d'une essence seulement possible, ce qu'il prend en garde ne se réduit pas à ce
que l'ami est, ou à ce que nous sommes, c'est aussi et d'abord que l'ami soit, ou que nous soyons. Etre n'est pas la condition indifférente pour pouvoir devenir heureux ou malheureux, l'être
seul déjà est une source de joie, et toute autre joie ne sera pas tant un supplément que l'accomplissement, et comme la fleur, de ce premier surcroît sur le rien. »
(Jean-Louis Chrétien, « Le regard de l’amitié », dans La Voix nue, 1990, p. 216)
Ansel
Adams (1902-1984) : Morning glories, Massachusetts [1958]
Je préparais mon cours sur le bonheur, et je lisais ces lignes :
« Il y eut un sage grec, Antisthène, pour dire : « Le sage n’a pas besoin d’amis. » Peut-être. Pourtant, à quoi bon la sagesse sans l’amitié ? Qu’est-ce qu’un bonheur que l’on ne partage pas ? On ne vit pas le bonheur séparément, note Épicure. On ne trinque pas seul à sa propre santé. Il s’agit, dit Épicure, de s’éveiller les uns les autres pour le bonheur. Belle est la Sentence vaticane, 52 : « L’amitié mène sa ronde autour du monde habité, comme un héraut nous appelant tous à nous réveiller pour nous estimer bienheureux. » L’homme ordinaire se figure que le bonheur tient à la possession de biens ; la philosophie enseigne que le bonheur ne tient qu’à un changement d’attitude, dont l’effet, pourtant, n’est certain que s’il n’est pas solitaire. Le bonheur de l’amitié n’est donc pas un bonheur subsidiaire, comme celui que peuvent donner une belle chanson, un beau livre ou un beau jardin. Il est un élément du bonheur essentiel. Le bonheur de fond, dont je parle, est donc un bonheur participant d’une autre sérénité et dont une autre sérénité participe. »
Marcel Conche, Analyse de l’amour et autres sujets, « Le bonheur » (Paris, PUF, 1997, p. 53-54)
À ta santé, et merci pour ce réjouissant réveil ! ;-)