Réfléchis
Difficile en feuilletant ce petit Bréviaire des politiciens attribué au cardinal Mazarin (Paris, Arléa, 2007, 138 p. ; Collection « Retour aux grands textes », Domaine latin, n°29) de ne pas penser à notre actualité. ;-)
« Es-tu d’un tempérament colérique, trop craintif ou trop audacieux, ou encore dominé par une quelconque passion ? Quelles sont les failles de ton caractère, les erreurs que tu peux déceler dans ta manière de te comporter, à l’église, à table, dans la conversation, autour d’une table de jeu et dans les différentes activités, tout particulièrement celles qu’on pratique en société ?
(…)
Demande-toi dans quelles occasions tu as tendance à perdre le contrôle de toit-même, à te laisser aller à des écarts de langage ou de conduite. Quand tu bois trop au cours d’un banquet. Quand tu joues. Quand un malheur t’afflige. Bref, en ces moments où, comme l’écrit Tacite, “les âmes des mortels sont vulnérables”. » (p. 17)
« N’oublie jamais que n’importe qui est susceptible de faire courir des rumeurs sur ton compte si, en ta présence, tu t’es comporté — ou tu as parlé — de façon trop libre, ou grossière. (…) Les gens se fondent sur un incident isolé pour généraliser ; ils en profitent pour te faire une réputation à l’avenant.
Ne compte jamais sur le bénéfice du doute. Sois même convaincu du contraire. Il est donc essentiel que tu ne te relâches pas en public, même en présence d’un seul témoin. » (p. 40-41)
« Chaque fois que tu paraîtras en public — le moins souvent possible de préférence —, tâche de te conduire de manière irréprochable : une seule bévue suffit à entacher une réputation, et le mal est alors bien souvent irréversible.
Ne te lance jamais dans plusieurs entreprises à la fois : on ne t’admireras pas de te voir te disperser. Il vaut mieux en réussir une seule, mais éclatante. Je parle d’expérience. » (p. 42)
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« N’édicte pas de lois, ou très peu. Veille à ne pas t’emporter facilement, car, si ta colère s’apaise avec la même facilité, on te fera la réputation d’un homme aux humeurs versatiles. » (p. 47-48)
« Si tu es forcé d’admettre que tu as commis une action odieuse, n’encourage pas la haine qu’elle provoque en donnant l’impression que tu n’éprouves aucun regret (…).
Donne-toi pour règle absolue et fondamentale de ne jamais parler inconsidérément de qui que ce soit — pas plus en bien qu’en mal — (…) » (p. 59-60)
« Ne te vante pas non plus ni de tes richesse, ni de ta puissance, ni de ton imagination, ni même de ton habileté manuelle ou de ta vélocité à la course. » (p. 71)
« Ne te laisse pas entraîner par la colère, ni par la soif de vengeance. » (p. 72)
« En toute circonstance où tu peux être surveillé, parle le moins possible. Tu risqueras moins d’être pris en défaut que si tu parles à tort et à travers. » (p. 79)
« Sois toujours prêt à affronter n’importe quelle situation. Ainsi, prépare-toi à répondre le plus tranquillement du monde à une insolence caractérisée, par exemple en ayant réfléchi aux sarcasmes qu’on pourrait te lancer. De toute façon, sache que tu apparaîtras tel qu’au préalable tu te seras façonné intérieurement. » (p. 82)
« Si tu es offensé personnellement, le mieux est de faire comme si de rien n’était, car une querelle en amène une autre, (…). Peut-être finirais-tu pas en sortir vainqueur, mais cette victoire serait pire qu’une défaite car entre-temps tu te serais attiré bien des rancunes. » (p. 102)
« Si, en entrant dans une maison, tu es accueilli de façon malséante, ne dis rien, dissimule ton irritation et comporte-toi comme si l’on t’avait reçu avec une parfaite courtoisie. Le maître des lieux sera assez puni en prenant conscience de sa goujaterie, et la situation tournera à sa confusion. (…)
Si l’on te cherche ouvertement querelle et s’il ne t’est pas possible de l’ignorer, aie toujours en mémoire un choix de répliques spirituelles ou d’anecdotes charmantes et choisis-en une en rapport avec la situation, mais qui te permette aussi de détourner la conversation vers d’autres sujets. » (p. 103)
« Réfléchis avant d’agir.
Et aussi avant de parler. Car s’il y a peu de chances qu’on déforme en bien ce que tu as dit ou fait, sois convaincu en revanche qu’on le déformera en mal.
Attention : en ce moment même, quelqu’un — que tu ne vois pas ! — est peut-être en train de t’observer, ou de t’écouter. » (p. 133)
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